Roger Little

De l’Irlande à René Maran

C’est dans le Gard que Roger Little, un irlandais amoureux fervent de la littérature française mène une carrière encore active de chercheur passionné. Il est l’auteur de nombreuses publications et directeur de la collection « Autrement Mêmes » (L’Harmattan). Pour lui avoir consacré plusieurs études majeures, Roger Little est certainement le spécialiste le plus pointu de René Maran.

Crédit photo : Robin Bowers

« On se défie trop en France des goûts de l’étranger. Ils pourraient au moins servir d’indication. On devrait, ce semble, considérer que l’étranger, placé en dehors des coteries parisiennes, en dehors de l’influence d’une critique souvent esclave et rarement désintéressée, va naturellement aux efforts les plus importants, aux œuvres dont la beauté lui paraît la plus nouvelle et la moins discutable. […] Il va vers ce qui manque à son pays et ne contemple avec amour que les ouvrages imprévus. »

Guillaume Apollinaire

Portrait en esquisse

Roger Little, ancien titulaire de la chaire de français (1776) ​​​à Trinity College Dublin, la plus ancienne du monde, poursuit deux axes de recherche : la poésie française moderne et la représentation du Noir dans les littératures de langue française. Il est l’auteurs d’ouvrages sur Apollinaire, André Frénaud, Lorand Gaspar, Rimbaud, Saint-John Perse, The Shaping of Modern French Poetry ; Nègres blancs : représentations de l’autre autre, Between Totem and Taboo : Black Man, White Woman in Francographic Literature.

Comment aimez-vous vous présenter ?
Le plus discrètement possible.

Quelle est votre formation initiale ?
Licence français-anglais.

Quel lecteur êtes-vous ?
Omnivore.

​Portrait d’écrivain

Depuis quand écrivez-vous ?
Depuis mon plus jeune âge.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?
Les mots.

Depuis quand publiez-vous ?
Depuis les années 1950.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de publier ?
Le partage.

Quel est le genre que vous aimez le plus écrire ?
La poésie et les études critiques.

Dans votre métier d’écrivain, qu’est-ce qui vous apporte le plus ?
La satisfaction de partager.

Pourquoi cet intérêt pour René Maran ?

En 1977, lorsque Saint-John Perse a été mis au programme de l’agrégation, mes interventions étaient très sollicitées en France car personne n’y avait sérieusement travaillé alors que j’avais déjà publié deux livres sur lui. Sans que Maran soit au programme aujourd’hui, c’est tout comme.

​La collection « Autrement mêmes »

Quel est la ligne éditoriale de la collection ?
Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établissements d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contemporaine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans cette collection ?
L’absence de rééditions d’ouvrages méconnus et pourtant éclairants sur tout un pan de l’histoire et de l’actualité françaises portant sur le Noir. La difficulté d’obtenir en Irlande l’édition originale de tels livres.

Que voulez-vous dire à travers elle ?
Que le racisme, né d’une histoire de violence et de mépris, toujours présent sournoisement et même ouvertement dans la société française, est inadmissible et surtout nuisible au vivre-ensemble d’une société.

À qui s’adresse-t-elle ?
À tout esprit ouvert.