Mus et avis muscaria

En manière de préambule

Ave, lector ! Ave lectrix !

Une précision sur la typographie pour commencer : j’ai choisi d’écrire le U en majuscule V, puisque le u et le v en latin étaient la même lettre, comme le rappellent certaines inscriptions dans nos villes. La forme fait « plus latin », mais j’ai conservé la distinction des deux lettres minuscules, apparue dans les livres imprimés du XVIe siècle, ainsi que la distinction équivalente (en usage en France mais pas dans toute l’Europe) entre le i et le j.

Vulgo (dans le paratexte avant les noms de tes chats) signifie sous la plume des auteurs néolatins « en langue vulgaire » (ce peut être le français, l’italien, l’espagnol, peu importe.)

Mousse

Le nom Mousse (qu’on entend comme mus en latin, « la souris », un comble pour un chat !) pouvait être traduit par Muscula ou Musca, pour la consonance et le jeu de mots dans les deux cas. Musculus signifie en effet aussi bien « petite souris » que « muscle » (qui vient de ce mot). La forme féminine muscula veut dire « petite mouche », jouant encore sur les mots. « La mousse » se dit littéralement muscus en latin, le féminin musca signifiant « mouche », et par métaphore (chez Plaute) « homme curieux et importun ». C’est ce nom à deux syllabes, plus court et proche du français, meilleur pour le rythme de cette comptine, que j’ai finalement choisi, d’autant plus que le titre latin exprime alors un jeu de mots subtils : « Mouche et l’oiseau-mouche », qu’on peut comprendre aussi (en latin) par « Mousse et l’oiseau de Mousse » !

Rémi

Le prénom Rémi vient du prénom latin (médiéval) Remigius. J’ai hésité à choisir, d’autant plus que Remus se disait surtout dans l’Antiquité pour le frère de Romulus, mais ce prénom est attesté par ailleurs et il est l’occasion d’une révision pour les élèves ! Ce qui m’a déterminé, c’est le rythme de la phrase, que je préfère ainsi, et la longueur du nom, qui convenait mieux au colibri que le prénom de quatre syllabes Remigius.

La traduction

Je me suis permis de m’éloigner parfois un tout petit peu du texte : v. 5 (« acumen, etc… ») pour l’élégance du latin ; v. 8 (« capiat et voret » : pour que le sens soit plus explicite et pour la rime et la jolie paronymie avec « movet »). De même, dans le dernier vers, je n’ai pas traduit littéralement « croquettes » (ce qui aurait donné par exemple « ad offas emoliendas », curieux mais précis !), mais j’ai explicité le sens et la morale de cette jolie fable : la chatte a voulu jouer à la lionne, s’est mise en chasse d’un animal à attraper, et pour finir, elle court vite à sa « nourriture habituelle » !

Il y a des mots sans équivalent autre que périphrastique, comme dans toute traduction : « la brousse » (« in Africanis campis », qui fait écho à « altis herbis » par le son comme par le sens) ; « se dandine » (un mot qui m’a embêté car il n’a pas d’équivalent exact en latin).

Tu auras remarqué, cher lecteur, chère lectrice, que j’ai choisi  des mots simples et courts, conformément au texte français, ainsi qu’un style également simple, mais jusqu’à un certain point : le latin n’aime pas autant que le français la parataxe ; c’est ainsi que j’ai ajouté un lien de conséquence dans le § n°4, qui explicite le sens du texte, me paraît plus joli en latin, et permet de faire rimer le subjonctif « videat » avec l’indicatif « undat ») ; de même les conjonctions « at » (« mais ») au début du 5e § (qui permet de faire résonner de manière expressive « at ut… ») ou encore le « tunc » au 7e §, qui confère aussi un rythme meilleur, parallèle à celui du vers précédent.

L’un des secrets d’un joli style en latin, comme en français, est d’éviter les hiatus entre les mots : cela guide toujours mon écriture.

Si simple en apparence que soit le texte original, sa traduction latine permet une lecture facile et intéressante en 5e ou en initiation. Le texte est riche par le lexique et la morphologie (les types de conjugaison ; les verbes de posture et de position ; les démonstratifs ; la différence entre ut exclamatif et ut subordonnant, à sens final ou consécutif ; les formes de l’adjectif, positive, comparative et superlative, ; deux onomatopées latine, st et vah, etc.) et pour la syntaxe (l’ablatif de qualificatif, l’ablatif absolu, l’ablatif circonstanciel ; in suivi de l’accusatif ou de l’ablatif, mais super ou ad toujours suivis de l’accusatif ; les formes verbales du participe présent, de l’adjectif verbal, sans oublier un déponent : « labitur », au 7e §).

Le rythme

J’ai fait bien attention au rythme (avec l’accent tonique des mots latins, pas avec la métrique classique), à l’équivalence de la longueur des phrases dans chaque § et bien sûr aux rimes, parfois internes. La musique de la traduction latine apparaîtra bien à l’oreille de ceux qui savent accentuer le latin – dont les règles étaient très simples : l’accent tonique ne tombant jamais sur la syllabe finale, mais sur l’avant-dernière si elle est longue (elle l’est « par nature » – cf. alors le dictionnaire – ou « par position », quand elle est suivie de deux consonnes), et si elle est brève, l’accent remonte donc sur l’avant-avant-dernière : l’antépénultième. Donc les mots de deux syllabes s’entendent TOUS avec une première syllabe légèrement plus frappée ou prononcée avec un accent de hauteur, comme en italien : « MUsca », « REmus », « pArva fEles », etc. Mais on entend « delitEscit », « trOchĭlus » et non pas « trochIlus », et « acUmen » parce que le U des mots de cette racine (acūtus, acūleus) est long « par nature » ; de même, on prononce « Avĭdus » mais « prorEpit » (très expressif, parce que le O initial est également long, et que ce mot de trois syllabes « traîne » donc un peu !), etc.

La rime

Il faut préciser aux élèves que les rimes n’étaient pas utilisées en poésie latine, seulement le rythme des mots lié à la longueur des syllabes et à des structures préétablies et canoniques (l’hexamètre, etc.), mais le latin a une histoire très longue, qui dure encore (la preuve : cette traduction !) et l’on oublie souvent dans cette très longue histoire la littérature latine du Moyen Âge, qui a développé les rimes (qu’on trouve cependant dès la fin de l’Antiquité dans quelques pièces ludiques).

Un petit texte tout simple donc, mais très riche en commentaires possibles pour le professeur de latin ! 😉

Dixi.

Olivier Rimbault
Via Neolatina

Fermer le menu
×
×

Panier