Langues indiennes en diasporas | Indian languages in Diasporas

Depuis au moins trois décennies, les diasporas indiennes font l’objet de nombreuses études et réflexions parmi les chercheurs qui s’intéressant aux aspects historiques et économiques ainsi qu’aux questions d’ordre anthropologique, social et politique des migrations. Cependant, le rôle et la place des langues d’origine au sein de ces diasporas ont suscité un intérêt moindre. La langue, parmi tous les éléments identitaires, se transmet et se maintient difficilement. Le degré du maintien ainsi que la transmission des langues varient d’une région à l’autre.

Les diasporas indiennes dont il est question dans ce livre sont issues d’anciens immigrants, pour la plupart ouvriers agricoles engagés sous contrat (indentured labourers) sous la colonisation européenne entre 1834 et 1920. Les groupes sont éparpillés à travers le monde, les plus nombreux se trouvant dans les régions et pays suivants : Afrique de l’Est, Afrique du Sud, Fiji, Guadeloupe, Guyana, Maurice, La Réunion, Malaisie, Martinique, Myanmar, Singapour, Suriname, Trinidad et Tobago.

Recrutés dans toute l’Inde, ils appartiennent aux deux principaux groupes linguistiques du sous-continent : le groupe indo-aryen : avadhi, bhojpuri, gujarati, hindi, konkani, marathi, ourdou, punjabi et sindhi , et le groupe dravidien : malayalam, tamoul et télougou.

L’objectif du Colloque « Langues de l’Inde en diasporas, maintiens et transmissions » était de faire un état des lieux des langues d’immigrants indiens de l’engagisme de la période coloniale et d’offrir un espace d’échanges et de réflexion théorique sur des problématiques spécifiques au contexte diasporique. Une place toute particulière a été faite aux diasporas indiennes des Outre-Mer dont près de 80 % sont d’origine tamoule.

Stratégies de maintien

La présence des langues de l’Inde dans ses diasporas anciennes est assez peu documentée. Pourtant, on reconnaît que leur transmission est un phénomène social complexe.

Le télougou semble n’avoir pas survécu parmi les populations d’anciens immigrants ouvriers agricoles engagés sous contrat dans les Outre-Mer français. Combien de temps les « Malabars » de Nouvelle-Calédonie, ont-ils continué à parler leur langue ?

À l’île Maurice, le transfert linguistique commencé commencé dès 1940 ne fait que s’aggraver. Sur cette île, les concours de chant font office de stratégie de préservation et de transmission. Le bhojpuri et les autres langues indiennes, jadis très vivantes, semblent s’épuiser pour laisser la place au créole…

La survivance des langues et des cultures d’origine semble refléter, en dépit des facteurs externes, la dynamique de chaque groupe diasporique. En Guadeloupe, un service d’interprétariat pour aider les travailleurs indiens a été créé au sein de l’administration, ce qui n’a été le cas pour aucun autre groupe d’immignants. À la Réunion subsistent de multiples formes de pensées indiennes dans la vie quotidienne des originaires du Tamil Nadu : une langue peut disparaître mais pas nécessairement les éléments majeurs de la culture d’origine.

L’ethno­botanie est une autre biais pour saisir les liens complexes entre langue, culture, religion et médecine. L’approche ethnographique explore le lien entre le maintien d’un lexique créole d’origine indienne se référant au végétal et la transmission des usages des plantes chez les descendants d’engagés indiens en Guadeloupe. À la Réunion, la prééminence des noms vernaculaires de plantes médicinales apportées par les migrants indiens montre leur importance dans la médecine populaire.

En Martinique, le tamoul n’est utilisé que comme langue sacrée lors du rite divinatoire et des cérémonies hindoues, tandis qu’à Maurice, les mythes hindous sont revisités, revus et renégociés. Les changements phonétiques attestés dans les chants sacrés pratiqués par les prêtres et officiants d’origine tamoule en Martinique et en Guadeloupe sont soumis à la créolisation des mots et des énoncés tamouls

Le Suriname connaît l’un des rares cas de survivance de langue d’origine dans une situation diasporique. Il y existe encore une relation diglossique entre l’hindi et le sarnami, tandis que l’hindoustani de Trinidad s’adapte au mieux à la culture unique de la diaspora indienne de Trinidad et Tobago.

Modes de transmission

La seconde question, commune à toutes les communautés diasporiques consiste à savoir comment transmettre à la jeune génération la langue d’origine et éviter un transfert linguistique total. Les voies proposées incluent l’enseignement des langues et des pistes d’étude pour formaliser leur mécanismes de maintien.

  • À la Réunion, où le contexte plurilingue est particulièrement complexe : l’enseignement-­apprentissage de la langue tamoule par des dispositifs adaptés.
  • À l’île Maurice, l’approche inversée dans l’enseignement des langues et son application à l’enseignement-apprentissage du tamoul pour motiver et intéresser les étudiants.
  • L’enseignement de l’hindi et du tamoul en Guadeloupe au sein de la diaspora ancienne.

La population diasporique est particulièrement diverse de par son contexte linguistique et historique et sa motivation à apprendre la langue d’origine. La nature et le type de cursus d’apprentissage de la langue d’origine doivent tenir compte de ces particularités pour mieux répondre aux besoins de chacun de ces divers groupes d’apprenants.

D’après Appasamy Murugaiyan
École Pratique des Hautes ÉtudesUMR 7528 – Mondes iranien et indien

Ce colloque international, qui s’est tenu du 29 au 31 octobre 2015 au Mémorial ACTe en Guadeloupe, a été réalisé en partenariat et avec le soutien de :

  • l’École Pratique des Hautes Études – UMR 7528 Mondes iranien et indien 
  • l’École Supérieure du professorat et de l’éducation 
  • l’université des Antilles et le Conseil Guadeloupéen Pour Les Langues Indiennes
  • le Mémorial ACTe, d’avoir bien voulu accueillir la Conférence
  • le Conseil Régional de Guadeloupe et le conseil Général de Guadeloupe
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