Extrait : Les armements de transport maritime de la Martinique depuis 1930

Un siècle de navigation à la Martinique

Ce livre fait partie des six volumes annoncés par l’auteur et dont la publication s’achève. Il traite des Armements de transport maritime de la Martinique, ce qui met fin à une série commencée par Les transports maritimes aux Antilles et en Guyane françaises depuis 1930, aux éditions de L’Harmattan, série dont les titres intermédiaires concernent chacun des territoires français de la zone de la Caraïbe et des Guyanes.

Couvrant presque un siècle, cette histoire des armements de transports maritimes de la Martinique est centrée sur les entreprises purement locales, à l’exclusion des armements implantés à l’extérieur de l’île qui ont été étudiés dans le premier volume de la série.

Roger Jaffray, dans cet ouvrage, expose ce qu’ont été les différentes activités de transport maritime de la Martinique, les armateurs individuels et les entreprises d’armement, leurs navires et leurs équipages. Je suis convaincu que les marins qui liront ce livre revivront avec émotion certains épisodes de leur vie active. Les descendants de ceux qui ne sont plus, ainsi que tous les acteurs de cette période n’y seront pas insensibles.

L’histoire de la Martinique est étroitement liée à la mer

Restant en marge du sujet, j’évoquerai certains événements maritimes passés, ainsi que le cadre dans lequel s’est exercé le transport maritime. L’histoire de la Martinique a commencé par la mer d’où elle a émergé. La mer a amené les embarcations et les vaisseaux des découvreurs, d’origines variées, puis des différentes vagues de peuplement qui ont introduit faune, flore et civilisations diverses, amérindiennes, européennes, africaines et même asiatiques.

Ce sont ensuite les navires qui ont exporté les richesses de l’île :

  • D’abord la canne à sucre dont on a produit le sucre, longtemps exporté par grands voiliers, vapeurs et cargos qui chargeaient à Fort-de-France ou au mouillage dans les baies de Genipa, Marin et Trinité. Le sucre de betterave, produit en Métropole a supplanté celui de la canne, maintenant réservé au marché local. De la canne à sucre, on a obtenu également le rhum, de valeur ajoutée plus grande que le sucre, ce qui valorise le secteur agricole.
  • Ensuite la banane, herbacée géante fort appréciée en Europe où elle est acheminée par les navires modernes, porte-conteneurs réfrigérés. La banane, vendue sous le label « Guadeloupe-Martinique » est considérée comme le moteur de l’économie antillaise. Elle représente une production de 270 000 tonnes par an, 650 producteurs et 10 000 emplois.
  • Ce sont également des navires, ceux de navigation côtière, qui ont seuls permis d’assurer les communications intérieures de l’île tant que le réseau routier a été insuffisant.
  • Les navires de cabotage, quant à eux, ont, pendant des siècles, maintenu toutes les relations avec les îles et territoires proches.

La destruction de Saint-Pierre a été un tournant pour la marine marchande locale

Avant la départementalisation de mars 1945, la Martinique était une colonie française. En 1902, le 8 mai, Saint-Pierre, ville capitale à cette époque, est détruite côté terre et côté mer par la nuée ardente issue du cratère de la montagne Pelée. Sur terre, un seul survivant, un prisonnier enfermé dans un cachot souterrain. Sur mer, un navire appareillé la veille, violant les interdictions.

Tous les autres navires, ceux qui assuraient le commerce d’importation et d’exportation des marchandises et le transport de passagers, gisent par le fond sur leur lieu de mouillage. Ils ont été incendiés, puis coulés corps et biens par la nuée ardente. Ces épaves font actuellement le bonheur des touristes plongeurs. Osera-t-on dire qu’« à quelque chose malheur est bon » ?

Et une opportunité pour Fort-de-France

Peut-on dire également, selon le proverbe créole, que « la mort du bigorneau fait du bien au crabe soldat » puisque, à la suite de la catastrophe, Fort-Royal est devenu Fort-de-France, dans une des plus belles baies du monde, dont la configuration a permis l’installation et l’évolution d’un port de commerce abrité, avec divers quais qui reçoivent plus de 1 500 navires de commerce par an, classé 13e sur 43 au plan national :

  • le quai des Tourelles, grand quai où accostaient les paquebots transports de passagers, dont Colombie et Antilles, de triste souvenir, et où accostent maintenant certains des navires de croisière, les autres s’amarrant au terminal de croisière de la baie des Flamands ;
  • la darse où accostaient les cargos caboteurs ;
  • la baie du Carénage, ancien mouillage de cyclone ;
  • le quai des « huiles », affecté au soutage ;
  • le quai de l’hydrobase, construit à l’emplacement de la base qui accueillait des hydravions, transporteurs de passagers, avant et après la Seconde Guerre mondiale ; après les premiers porte-conteneurs, ce sont les trans- porteurs de voitures qui y accostent à présent ;
  • le terminal de la pointe des Grives, avec ses quais en eaux profondes, prévus pour les « géants des mers » qui emprunteront le nouveau canal de Panama ; ce sont les porte-conteneurs qui fréquentent ce quai ; ils débarquent des marchandises diverses et repartent chaque semaine avec 250 conteneurs réfrigérés de bananes ;
  • le quai du Fort Saint-Louis, réservé à la Marine nationale, qui compte deux frégates de surveillance, un navire de débarquement et un remorqueur côtier.

La ville et son port ont été défendus des attaques venues évidemment de la mer par le Fort Saint-Louis (classé monument historique), le fort de l’îlet à Ramier et le fort de la pointe du Bout. par ailleurs, plus en retrait, sur les mornes, par le fort Tartenson, la Redoute et le fort Desaix. Dans celui-ci fut entreposé, pendant la dernière guerre, l’or de la Banque de France, acheminé lui aussi par la mer. Cet or avait été transporté par le croiseur Émile Bertin, qui est resté stationnaire à Fort-de-France pendant la période dite de Vichy pour surveiller la côte et intercepter notamment les « dissidents » qui répondaient à l’appel du Général De Gaulle et se rendaient dans les îles anglaises voisines à bord de gommiers à voiles. C’est encore par la mer que la Martinique a rejoint les forces de la France libre, participant ainsi à la Libération.

Les petits exploitants du tourisme et de la pêche

Le transport maritime ne constitue pas à lui seul toute l’activité maritime de l’île. Plus de 800 embarcations et petits navires, armés à la pêche, débarquent un peu plus de 8 000 tonnes de poissons pélagiques et benthiques. Le nautisme et la navigation de plaisance ont connu un grand développement. On compte 13 800 navires immatriculés localement, cinq marinas avec une capacité d’accueil de 2 950 places, 15 000 navires de plaisance qui font escale annuellement avec 42 000 touristes plaisanciers, 150 navires sont immatriculés à la plaisance professionnelle, 300 voiliers et vedettes à moteurs sont disponibles à la location. La Martinique a été reconnue comme la destination la plus sûre de la Caraïbe, classée première destination sur 28.

Toutes ces activités maritimes – commerce, pêche, plaisance – Roger Jaffray les a connues professionnellement, c’est-à-dire de l’intérieur. Il nous en parle donc savamment.

Roger Jaffray, Martiniquais d’adoption

Les hasards de la vie et des affectations ont voulu qu’il épouse une Martiniquaise, une femme merveilleuse, qui participa à ses travaux. Grâce à eux, une large partie de l’histoire maritime contemporaine des Antilles et de la Guyane françaises ne tombera pas dans l’oubli, car elle enrichit déjà les bibliothèques.

Claude Juliard, président de la Fédération nationale du Mérite maritime et de la Médaille d’honneur des marins (sections de la Martinique).

Extrait de : Les armements de transport maritime de la Martinique depuis 1930
Roger Jaffray Scitep Éditions
Fermer le menu
×
×

Panier