La francophonie au carrefour des cultures

La forge de Zobel

par Charles W. Scheel

scitep | La forge de Zobel | Scheel | 1re de couverture
Appartient à Littérature Séries :
Éditions :Broché (Français): 22,00 €
ISBN : 9791093143408
Taille : 15,00 x 22,00 cm
Pages : 222

De 1938 jusqu’en 1959, Joseph Zobel écrit pour Le Sportif de Fort-de-France des contes et des reportages. Le conteur amoureux du peuple de sa terre natale transparaît dès ses premiers textes, qui révèlent déjà un observateur lucide et un critique littéraire et artistique à la plume assurée.

Après son départ pour la France en 1946, Zobel devient reporter de sa découverte de Paris et de la France rurale. À l’instar de José Hassam, le jeune héros de La Rue Cases-Nègres, cet écrivain martiniquais, né le 26 avril 1915 à Rivière-Salée, est issu du milieu noir très pauvre des plantations du sud de l’île. Comme lui, il fait des études secondaires à Fort-de-France et y décroche son bac.

Mais si cette œuvre célèbre est devenue un classique de la littérature antillaise, l’apprenti-écrivain Zobel restait à découvrir, la plupart de ces premiers articles n’ayant donné lieu à aucune publication ultérieure. C’est chose faite grâce au minutieux travail de collecte et d’assemblage de Charles W. Scheel, enseignant-chercheur à l’université des Antilles.

Le Sportif, « Hebdomadaire sportif, littéraire et d’information » fondé par Fierrès Élisabeth a, à la fois, procuré au jeune Joseph un coin de forge où travailler des textes qui révèlent l’étendue de son talent et contribué à forger l’image de l’écrivain Zobel, par l’écho qu’il a donné à son œuvre naissante.

Parution :
Maison d’édition : Scitep Éditions
Genres :
Extrait :

« La musique reprit et la femme au collier de grains d’or qui était restée suspendue à son cou entraîna Géo dans la danse…

Danses suggestives.

Les deux mains jointes sur les reins de la danseuse, Géo, les yeux fermés, la tête voluptueusement levée, jouait des hanches, les jambes écartées. La femme, les bras en collier autour du cou de son cavalier, blottie contre sa poitrine démesurée, s’aplatissait contre lui, entrait en lui en frétillant son derrière, avec un trémoussement sur place.

Quand la musique changeait de ton, ils pirouettaient en se détachant l’un de l’autre, [….] brusquement, se plaquaient l’un contre l’autre, s’emboîtaient l’un dans l’autre, la taille cambrée.

Et les autres couples dansaient pareillement la biguine, mais avec moins d’expertise, d’abandon, d’inspiration.

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Tous transpiraient à torrents, et leurs visages luisaient à la clarté de deux ou trois lampions fumeux, accrochés aux murs contre des trophées de feuilles de palmiers, de feuilles d’hibiscus et de coquelicots.

Ils dansaient inlassablement, presque tous, les yeux fermés, comme en hypnose, comme des marionnettes géantes, mues par cette musique plaintive, bouleversante, acharnée et démoniaque. De temps en temps éclataient des exclamations retentissantes, sortes de cris de bêtes exaltées en rut.

Ils dansaient sincèrement, des hanches, du derrière, roulis impétueux sous cet ouragan de sons et de bruits. C’était, en effet, mimique d’une scène d’amour passionnée qu’évoquait la romance lubrique que martelait en même temps le joueur de castagnettes. »

Extrait de « Géo Bamboula »

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Pendant vingt-six ans et jusqu’au dernier numéro paru en juillet 1964 (année de la création de France-Antilles), Le Sportif, fondé par Ferriès Élisabeth a vraiment et avant tout promu la pratique du sport et l’esprit sportif.

Mais pendant la guerre, qui a débuté quelque quinze mois après son lancement, le journal est devenu rapidement un « hebdomadaire d’information générale » en sus de sa vocation primitive. C’est dans ce cadre élargi, incluant le littéraire et le culturel, que les contes et reportages de Zobel se sont déployés, d’abord sous le pseudonyme « Kay-Mac-Zo ». Mais dès mars 1944, il signait de son vrai nom. Joseph Zobel était déjà devenu l’écrivain « Zobel » – en Martinique – même si son premier roman, Diab’-là, ne devait y paraître qu’un an plus tard.

À propos de l’auteur

Né en Lorraine en 1952, Charles W. Scheel est professeur de littérature américaine à l’université des Antilles en Martinique. Son domaine de recherche concerne les littératures modernes d’Europe et des Amériques, et plus spécialement les notions de réalisme magique et de réalisme merveilleux, si prégnantes dans les cultures caribéennes. Le « francique » de Moselle-Est (un dialecte germanique) fut sa langue maternelle, mais c’est le français du maître d’école qui lui permit de faire des études de lettres et d’anglais à Strasbourg, avant de découvrir les Amériques puis le monde arabe du Moyen-Orient.

Son adoption tardive de la Martinique comme lieu de vie et de recherche est la conséquence longuement différée de sa rencontre en Italie, l’été de 1982, de l’homme exceptionnel et écrivain antillais remarquable que fut Jean-Louis Baghio’o. Ce dernier, né à Fort-de-France en 1910, fut aussi ingénieur du son et dirigea de 1957 à 1967 la construction de plusieurs stations de radio en Afrique, pour l’Ocora. Quand ses missions le menaient à Dakar, il dut certainement avoir des échanges passionnants – à l’antillaise… – avec Joseph Zobel dans les locaux de Radio Sénégal. On rêve d’en trouver un jour quelque enregistrement ! Il est auteur aux éditions Scitep de La forge de Zobel, textes, récits et reportages parus dans Le Sportif de Fort-de-France de 1938 à 1959.


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