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La Catastrophe | Les années créoles, vol. 1

par Michel Tauriac

scitep | La Catastrophe-Les années creoles I – 1re de couverture HD
Appartient à Roman Séries :
Éditions :Broché (Français): 26,50 €
ISBN : 9791093143231
Taille : 15,00 x 22,00 cm
Pages : 522

En cette fin de xixe siècle, Saint-Pierre est une ville lettrée au commerce florissant et à la vie mondaine trépidante. La fine fleur intellectuelle de la Martinique s’épanouit dans des joutes sans fin relayées par une presse à la plume acérée et féroce. La haine raciale divise, les amours aussi. Dans ce « petit Paris des Antilles », les différentes strates de la société se côtoient, s’opposent et s’affrontent.

Dans ce contexte, les lueurs qui ensanglantent le ciel et les sursauts qui agitent la terre intriguent et inquiètent, sans pour autant prendre le pas sur des querelles politiques exacerbées par l’imminence du scrutin le plus bipolarisé de la Troisième république.

Une famille de planteurs blancs, un député mulâtre ambitieux ainsi qu’une foule de personnages, réels pour la plupart, s’acheminent vers un destin qu’ils n’imaginent pas : le 8 mai 1902, la montagne Pelée explose, effaçant le temps d’un souffle la ville et 30 000 de ses habitants. Cette tragédie, qui consternera le monde entier, marquera l’histoire au même titre que la destruction de Pompéi en l’an 79.

« Une fresque impressionnante du Saint-Pierre d’avant l’éruption de 1902 » Raphaël Confiant

Parution :
Maison d’édition : Scitep Éditions
Artistes de couverture :
Genres :
Extrait :

Du haut de cette terrasse, tout s’offrait à lui : la montagne, la ville et la rade. Bras grands ouverts. Tout s’offrait à lui généreusement, comme la vie elle‑même. Comme son avenir, qu’il voyait tissé d’or et de soie. Toute la rade en croissant de Saint‑Pierre et, au bord, ce petit vapeur qui s’en échappait comme un squale blessé à mort, filant avec les dernières forces du désespoir. Une longue traînée de sang, ultime message d’un être au monde qui l’entoure. Dès son apparition sur terre, l’homme entreprend d’échapper à sa fin, songea Marius Mureau, d’où la théorie de ce scientifique connu qui veut que la première manifestation de fuite de ces poissons des grandes profondeurs, ces tubes digestifs ambulants, aveugles et translucides, soit l’expulsion arrière de leur premier contenu intestinal prenant appui sur l’eau.

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Une image qui, malgré sa cocasserie, ne parvenait pas à chasser complètement la mélancolie que le départ de La Topaze lui apportait soudain, alors qu’elle s’éloignait de l’embarcadère, au bout de sa balafre sanguine.

Il avait reconnu le petit vapeur de la compagnie Girard à sa cheminée toute neuve, car on avait dû la remplacer six mois auparavant, à la suite de l’éclatement de sa chaudière. Un accident qui avait blessé à mort ce pauvre Sévère, le mécanicien, et son journal, Les Colonies, était encore une fois parti en campagne contre ces patrons toujours prêts à sacrifier l’homme au profit.

La Topaze assurait avec Le Rubis, La Perle et Le Diamant, deux ­liaisons quotidiennes entre Saint‑Pierre et Fort‑de‑France, après escale au Carbet, à Belle‑Fontaine et à Case‑Navire. Voyage que le frêle bateau s’enorgueillissait d’effectuer en moins de deux heures, malgré les critiques de certains grincheux pour qui l’allure ne suffisait pas, oubliant sans doute l’époque pas si lointaine où le voilier officiait sur le même parcours à la merci constante d’un calme plat ou d’une mer furibonde. Personne, en tout cas, n’aurait voulu lâcher le bastingage de La Topaze pour se lancer sur ces trente‑deux ­kilomètres de chemin hasardeux baptisé pompeusement « route coloniale n° 1 », ces lacets en épingle à cheveux, ces pentes à pic que les grosses pluies transformaient en torrent. De quoi décourager les plus solides voitures de chez Delsuc. [...]

REGROUPER

L'éruption de la montagne Pelée en 1902 est l'éruption volcanique la plus meurtrière du XXe siècle ; sa nuée ardente paroxystique du 8 mai 1902 reste célèbre pour avoir en quelques minutes entièrement détruit ce qui était alors la plus grande ville de l’île de la Martinique, Saint-Pierre, exterminé ses habitants – environ 30 000 personnes –, seulement trois rescapés certifiés — et coulé une quinzaine de navires marchands. La destruction de la ville et de ses alentours était inévitable, mais pas la mort de ses habitants et de nombreux marins qui ont été les victimes effectives de décisions politiques et administratives nationales et locales — sur instructions ministérielles, refus par le gouverneur de la Martinique, Louis Mouttet, de faire évacuer la ville et de laisser appareiller les navires ancrés dans la rade — afin d’assurer le second tour d’une élection législative le 11 mai.

C'est cette histoire que raconte le premier volume, de cette nouvelle édition de la saga « Les années créoles » qui, longtemps épuisée, méritait de revivre.

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